Acheter ou louer un véhicule pour son entreprise : comment faire le bon choix?

Comptabilité

C’est une question qui revient très souvent chez les entrepreneurs : est-ce que je devrais acheter ou louer mon véhicule? Et généralement, une deuxième question suit assez rapidement : est-ce que je devrais le mettre à mon nom personnel ou au nom de mon entreprise?

La réponse n’est malheureusement pas aussi simple qu’on pourrait le croire. En réalité, plusieurs éléments peuvent influencer la décision, notamment votre statut d’entreprise, le type de véhicule, sa valeur et votre utilisation personnelle.

Voyons ensemble les grandes règles à connaître pour mieux comprendre les différences.

 

Acheter ou louer un véhicule lorsqu’on est travailleur autonome

Lorsqu’on exploite une entreprise individuelle, les dépenses automobiles admissibles sont généralement déductibles en fonction du pourcentage d’utilisation à des fins professionnelles.

Par exemple, si vous utilisez votre véhicule à 80 % pour votre entreprise et à 20 % pour vos déplacements personnels, vous pourrez déduire 80 % des dépenses admissibles.

🛑 Mais attention : la façon de déduire ces dépenses est différente selon que vous achetez ou louez votre véhicule.

➢    Si vous louez votre véhicule

La location permet de déduire les frais de location admissibles au fur et à mesure qu’ils sont engagés.

Prenons un exemple simple : vous louez un véhicule à 500 $ par mois, avant taxes, et vous l’utilisez à 80 % pour votre entreprise. Votre dépense mensuelle déductible serait de 500 $ × 80 % = 400 $ par mois

Par contre, il y a un plafond à considérer, c’est-à-dire un maximum de dépenses que vous pouvez demander pour la location : il est important de se renseigner sur ce montant.

Donc, la location permet une déduction plus régulière au fil des mois et des années.

➢    Si vous achetez votre véhicule

Lorsque vous achetez un véhicule, le traitement fiscal est différent. Vous ne pouvez pas simplement déduire le prix d’achat complet comme une dépense courante. Le véhicule devient plutôt une immobilisation, et vous pouvez demander une déduction pour amortissement (DPA), selon la catégorie fiscale applicable.

Pour plusieurs véhicules, le taux d’amortissement est de 30 % sur une base dégressive, sous réserve des règles particulières.

Cela signifie que la déduction est calculée sur la valeur fiscale résiduelle du véhicule. Elle peut donc être plus importante au début et diminuer avec les années.

Prenons un exemple : vous achetez un véhicule au coût de 20 000 $. En appliquant un taux de 30 % vous pourrez déduire une dépense de 6 000 $ la première année. L’année suivante, le solde sera de 14 000 $. En appliquant de nouveau le taux de 30 %, vous pourrez déduire 4 200 $. Le même principe s’applique les années suivantes, jusqu’à ce que le solde soit entièrement amorti. Prenez note que le pourcentage d’utilisation réduira aussi cet amortissement. Dans le cas où vous utilisez votre véhicule à 80 % à des fins professionnelles, la dépense que vous pourrez déduire à la 1re année sera de 4 800 $.

Les intérêts sur le financement peuvent également être admissibles à une déduction, sous réserve de certaines limites et conditions.

Comme pour la location, le montant admissible au titre de l’achat du véhicule est également limité. À titre indicatif, en 2026, la valeur maximale pour une voiture de tourisme à essence ou hybride qui n’est pas visée par les règles particulières applicables aux véhicules zéro émission, est de 39 000 $ avant taxes.

 

🛑 Attention : tous les véhicules ne sont pas traités de la même façon

C’est ici que les choses deviennent un peu plus complexes!

Fiscalement, il existe une différence entre une voiture de tourisme et certains véhicules utilisés principalement pour le transport de marchandises ou d’équipement.

Par exemple, une Toyota Corolla et une camionnette utilisée pour transporter de l’équipement sur des chantiers pourraient être traitées différemment.

Pour les camionnettes, plusieurs critères entrent en jeu, notamment le nombre de places assises et le pourcentage d’utilisation pour certaines activités professionnelles.

Cette distinction est importante puisque les véhicules peuvent être classés dans différentes catégories fiscales, notamment les catégories 10 et 10.1, qui ne sont pas soumises exactement aux mêmes règles.

Il ne faut donc pas présumer qu’un camion est automatiquement considéré comme un véhicule commercial.

 

Travailleur autonome : le véhicule doit-il être à votre nom ou au nom de l’entreprise?

Lorsqu’on est travailleur autonome, l’entreprise et son propriétaire ne constituent pas deux personnes juridiques distinctes. Que le véhicule soit immatriculé à votre nom personnel ou sous le nom de votre entreprise individuelle, les principes de déduction des dépenses demeurent essentiellement les mêmes. C’est toujours l’utilisation professionnelle réelle qui détermine la portion admissible des dépenses.

Il peut toutefois exister des différences sur le plan de l’immatriculation, des assurances et des obligations administratives.Il est donc pertinent de vérifier ces éléments avant de prendre une décision.

 

Et si votre entreprise est incorporée?

C’est ici qu’une distinction importante apparaît. Contrairement au travailleur autonome, une société incorporée possède une personnalité juridique distincte de celle de son actionnaire.

Deux possibilités sont alors à considérer.

➢    Option 1 : conserver le véhicule à votre nom personnel

Si vous utilisez votre véhicule personnel pour effectuer des déplacements professionnels, votre société peut vous verser une allocation basée sur les kilomètres parcourus pour affaires.

En 2026, les taux prescrits par l’Agence du revenu du Canada pour les provinces sont de :

  • 0,73 $ par kilomètre pour les 5 000 premiers kilomètres professionnels;
  • 0,67 $ par kilomètre pour les kilomètres supplémentaires.

Par exemple, pour un déplacement professionnel de 100 kilomètres, une allocation calculée au premier taux représenterait 73 $. La société peut vous rembourser cette somme pour avoir utilisé votre véhicule et devient non imposable pour vous. La société peut de son côté déduire la dépense et réclamer les taxes sur cette allocation, soit 73 $ taxes incluses.

L’avantage de cette formule est sa simplicité : vous conservez votre véhicule personnel et la société vous indemnise pour son utilisation professionnelle. Que vous ayez acheté ou loué votre véhicule personnel ne change pas, en soi, les taux kilométriques prescrits.

➢    Option 2 : acheter ou louer le véhicule au nom de la société

Si votre société devient propriétaire ou locataire du véhicule, elle assume les dépenses qui y sont associées : financement ou location, assurances, immatriculation, carburant, entretien et réparations.

Dans ce cas, une nouvelle notion entre en jeu : l’avantage imposable lié à l’utilisation personnelle du véhicule. Si vous utilisez personnellement un véhicule fourni par votre société, un avantage imposable doit être calculé. Ce calcul tient notamment compte de la valeur d’achat ou des frais de location, de la période pendant laquelle le véhicule est mis à votre disposition, de son utilisation personnelle et du nombre de kilomètres effectués.

Dans le cas d’un véhicule acheté, le calcul du droit d’usage repose notamment sur son coût initial, même si sa valeur marchande diminue avec les années. Dans le cas d’un véhicule loué, il repose plutôt sur les frais de location admissibles au calcul. Cette différence peut avoir un impact important, particulièrement pour les véhicules de valeur élevée.

Pour connaître l’avantage imposable, l’ARC a mis en place un calculateur que vous pouvez utiliser :

https://www.canada.ca/fr/agence-revenu/services/services-electroniques/services-numeriques-entreprises/calculateur-direct-avantages-relatifs-automobiles-avis-non-responsabilite.html

 

🛑 Le registre kilométrique : un incontournable

Si votre compagnie est propriétaire ou locataire du véhicule, vous devez en tout temps conserver un registre des déplacements, que ce soit pour des déplacements personnels ou d’affaires. Vous devez être en mesure de prouver vos déplacements.

Si vous demandez une allocation pour votre véhicule, vous devez être en mesure de prouver vos déplacements d’affaires seulement puisque vous soumettez les kilomètres d’utilisation de votre véhicule pour affaires.

Si vous êtes travailleur autonome, vous devez être en mesure de prouver votre % d’utilisation.

Plusieurs applications permettent aujourd’hui d’enregistrer automatiquement les déplacements à l’aide de la géolocalisation. Elles peuvent simplifier la tenue du registre, par contre vous devez valider si elles sont reconnues par les gouvernements.

 

Alors, acheter ou louer? Personnellement ou dans la compagnie?

Vous comprenez maintenant pourquoi la réponse est rarement la même pour deux entrepreneurs.

Avant de prendre une décision, il faut notamment connaître la valeur du véhicule, les coûts de location ou de financement, le kilométrage annuel prévu et la proportion d’utilisation personnelle.

Ma recommandation : avant de signer un contrat d’achat ou de location, prenez le temps d’en discuter avec votre comptable. Avec quelques informations, il pourra comparer différents scénarios et vous aider à comprendre les conséquences fiscales et financières de chaque option.

Parce qu’au final, le bon choix n’est pas nécessairement celui qui procure la plus grande déduction fiscale, mais bien celui qui correspond le mieux à votre réalité d’entrepreneur.

Cet article présente des informations générales fondées sur les règles fiscales applicables en 2026. Il ne constitue pas un avis fiscal personnalisé. Certaines exceptions, conditions et règles particulières peuvent s’appliquer selon votre situation.