CFO fractionnel : un luxe ou un véritable levier financier?

Comptabilité

CFO … peut-être avez-vous déjà entendu ce mot, peut-être pas. CFO signifie Chief Financial Officer, soit directeur financier de l’entreprise. Lorsqu’on entend ce titre, on imagine souvent qu’il s’agit d’un poste réservé aux grandes entreprises, et que pour une PME, l’idée peut sembler démesurée.

Pourtant, un savoir longtemps réservé aux grandes organisations se démocratise aujourd’hui et devient de plus en plus accessible aux petites et moyennes entreprises qui cherchent à atteindre leurs objectifs.

Avant de se demander si l’on devrait engager un CFO fractionnel, il faut bien comprendre son rôle au sein de l’organisation. Un CFO fractionnel est un directeur financier qui accompagne une entreprise à temps partiel, sur une base externe, afin que celle-ci bénéficie de son expertise sans avoir à embaucher un directeur financier à temps plein. Selon les besoins, il peut intervenir quelques heures ou quelques jours par mois, ou de façon plus soutenue pendant les périodes stratégiques.

Son rôle ne se limite pas à regarder les chiffres : il aide l’entrepreneur à comprendre ce que ces chiffres racontent et, surtout, à décider quoi faire ensuite.

La comptabilité permet de savoir ce qui s’est passé : combien l’entreprise a vendu, quelles dépenses elle a engagées, quel bénéfice elle a réalisé, alors que la direction financière regarde vers l’avant. Elle se demande si le modèle est réellement rentable, si l’entreprise dispose de liquidités suffisantes pour soutenir sa croissance, si elle vend au bon prix, quels produits ou divisions sont les plus rentables, où elle perd de l’argent, si elle peut se permettre d’embaucher, si elle doit financer sa croissance elle-même ou chercher du financement externe, et jusqu’où l’entrepreneur souhaite faire croître son entreprise compte tenu du niveau de risque qu’il est prêt à accepter.

Autrement dit, le CFO fait le pont entre la vision de l’entrepreneur, les opérations de l’entreprise et sa réalité financière.

Une entreprise peut être occupée… sans être rentable

C’est probablement l’un des pièges les plus importants en affaires. Une entreprise peut vendre davantage, embaucher, développer de nouveaux produits, décrocher de gros contrats et afficher un carnet de commandes bien rempli, si bien que, de l’extérieur, tout semble aller parfaitement.

Pour aller au-delà des apparences, quelques questions s’imposent : cette croissance est-elle réellement rentable? Génère-t-elle suffisamment d’argent pour soutenir ses activités et ses ambitions?  Car au bout du compte, une entreprise a besoin d’argent pour continuer d’exister : il faut payer les employés, acheter les matériaux, régler les fournisseurs, investir dans l’équipement et assumer le loyer, les assurances, les logiciels et toutes les autres dépenses nécessaires aux opérations.

On peut avoir une excellente vision et de très beaux projets, mais si l’argent ne suit pas, l’entreprise finit par se retrouver coincée. C’est justement là qu’un regard financier plus stratégique devient précieux.

Le CFO n’est pas là pour dire non à tout

On pourrait croire que le rôle du responsable des finances consiste à contrôler les dépenses et à freiner les ambitions. Ce n’est pas le cas : son rôle est plutôt d’aider l’entreprise à déterminer comment rendre ses ambitions possibles sur le plan financier.

Supposons qu’une entreprise souhaite développer un nouveau produit. La question n’est pas seulement de savoir si c’est une bonne idée, mais aussi combien coûtera son développement, combien de temps s’écoulera avant les premières ventes, quelle marge on pourra réaliser, quel volume il faudra vendre pour récupérer l’investissement, et si l’entreprise possède les liquidités nécessaires pour traverser cette période.

Si ce n’est pas le cas, il faut alors examiner les options possibles : s’autofinancer grâce aux activités actuelles, obtenir une marge de crédit ou un prêt, chercher des investisseurs ou des partenaires, reporter certaines dépenses, ou encore développer le projet en plusieurs phases.

Il n’existe pas une seule bonne réponse : la bonne stratégie dépend de l’entreprise, de ses objectifs et de l’entrepreneur lui-même, certains étant prêts à prendre davantage de risques pour bâtir rapidement, d’autres préférant une croissance progressive qui leur permet de conserver un maximum de contrôle. Comprendre cette réalité fait aussi partie du rôle du CFO.

Les grandes entreprises ont compris quelque chose

Les grandes organisations investissent énormément dans leur fonction financière. Elles emploient des comptables, des contrôleurs, des analystes et des directeurs financiers, et consultent des spécialistes externes lorsque la situation l’exige, parce qu’elles savent que la qualité de l’information financière influence directement la qualité des décisions.

Pourtant, dans les petites entreprises, on attend souvent très longtemps avant d’aller chercher ce type d’expertise, en se disant qu’on n’est pas encore assez gros.

Il y a pourtant un paradoxe : une grande entreprise possède généralement davantage de ressources pour absorber une mauvaise décision, alors que pour une petite entreprise, une erreur importante de prix, de financement, d’embauche ou d’investissement peut avoir des conséquences beaucoup plus lourdes. L’expertise financière peut donc être particulièrement utile avant même que l’entreprise devienne grande.

Le regard externe permet aussi de challenger l’entrepreneur

Il y a une autre valeur, plus difficile à mesurer mais extrêmement importante : l’imputabilité. Pensons à un entraîneur sportif : on peut très bien décider de s’entraîner seul, et on sait généralement ce qu’on devrait faire. Mais quand on rencontre un entraîneur chaque semaine, quelque chose change, ne serait-ce que parce qu’on sait qu’il va demander si on a fait ce qui avait été prévu.

Un CFO fractionnel peut jouer un rôle semblable auprès de l’entrepreneur. Si, chaque mois, les liquidités sont insuffisantes, il faut éventuellement se demander pourquoi : s’agit-il réellement d’un problème temporaire?  Est-ce que les prix sont trop bas, les marges insuffisantes, les dépenses trop élevées, les comptes clients encaissés trop lentement ou la croissance trop rapide? Ou l’entreprise éprouve-t-elle des difficultés à gérer ses liquidités?

Lorsqu’on est plongé quotidiennement dans les opérations, il peut être difficile de prendre le recul nécessaire pour poser ces questions. Un regard externe permet justement de les aborder, même s’il oblige parfois à regarder une réalité qu’on aurait préféré remettre au mois prochain.

Alors, luxe ou levier financier?

Tout dépend de la façon dont on utilise la ressource. Faire appel à un CFO fractionnel uniquement pour produire davantage de rapports qu’on ne consultera jamais risque effectivement de devenir une dépense inutile.

Mais lorsqu’il permet d’améliorer les marges, de mieux gérer les liquidités, de préparer la croissance, de structurer le financement ou d’éviter une mauvaise décision importante, il devient un véritable levier financier.

La question n’est donc pas seulement de savoir combien coûtera un CFO fractionnel, mais bien ce que coûte aujourd’hui le fait de prendre ses décisions financières sans cette expertise. Une mauvaise tarification répétée pendant deux ans peut coûter très cher, tout comme une division déficitaire qu’on continue de financer, une croissance mal planifiée qui crée une crise de liquidités même lorsque les ventes augmentent, ou un mauvais choix de financement qui limite l’entreprise pendant plusieurs années.

Pas besoin d’attendre d’être une grande entreprise

Une PME n’a pas nécessairement besoin d’un CFO cinq jours par semaine. C’est justement tout l’intérêt du modèle fractionnel, qui vise à aller chercher le bon niveau d’expertise, au bon moment, selon les moyens de l’entreprise.

Pour certaines, quelques rencontres stratégiques et un suivi mensuel suffiront; pour d’autres, l’accompagnement sera plus soutenu pendant une période de croissance, une acquisition, un projet d’investissement ou une recherche de financement.

L’idée n’est pas d’ajouter une couche de complexité, mais exactement l’inverse : il s’agit de donner à l’entrepreneur une meilleure compréhension de sa situation pour qu’il puisse décider plus rapidement et avec davantage de confiance.

Car une entreprise ne se bâtit pas uniquement avec de bonnes idées. Elle se bâtit avec des décisions, et derrière chacune de ces décisions se cache presque toujours une réalité financière. Un CFO fractionnel n’est donc pas réservé aux entreprises qui ont déjà atteint une certaine taille : il peut justement être l’une des ressources qui leur permettra de l’atteindre.